Photo (en)volée du 18ème Congrès

Et la voilà cette fameuse photo qui a disparu du centre de presse du 18ème Congrès du Parti communiste chinois à Pékin. On y voit les deux icônes des libéraux chinois, Hu Yaobang et Zhao Ziyang dans les travées du… 12ème Congrès en 1982. Un signe d’ouverture et de réforme pour la prochaine équipe qui s’apprête à gouverner la deuxième puissance mondiale ? Preuve que l'on s'agite encore en coulisse avant la réunion des 2 270 délégués du PCC ce jeudi à Pékin, l’image s’est volatilisée ce week-end   

                                                                           Photo AFP / SL
 
 
On nous a refait le coup de la statue de Confucius. C’était dans la nuit de samedi à dimanche selon les confrères chinois. A la faveur d’une tempête de neige sur la capitale, un cliché s’est évanoui. 

Photo SL

 
La photo était pourtant quasiment aussi protégée que la Joconde. L’image figurait en effet sur un grand panneau de l’agence Chine Nouvelle représentant les grandes messes du Parti communiste chinois depuis 1945. Le panneau étant lui même installé au premier étage du centre de presse du 18ème Congrès qui a ouvert ses  portes à la fin de la semaine dernière à Pékin. Détecteur de métaux pour les journalistes et leurs bagages... Une accréditation étant bien entendue exigée à l'entrée des anciens locaux de la Télévision Centrale de Chine.
 
 
Le diable se cache dans les détails et le cliché a fait bourdonner la blogosphère et les médias de Hong-Kong dès l’ouverture du centre de presse vendredi. Nous sommes d'ailleurs tombés devant le panneau.

Photo AFP / SL

 
Surprise ! Clic, clac ! C’est en fin d’après-midi ce jour là, juste avant la fermeture, que nous avons pris la photo de… la fameuse photo (ci-dessous). Les internautes chinois avaient, il est vrai, de quoi s’exciter. Après le bal des conservateurs retraités, voici le cercle des réformateurs disparus. 
 
Photo AFP / SL
 
 
On y voit au premier plan le secrétaire général du PCC limogé en 1987 après avoir soutenu les manifestations étudiantes. Sur la photo, Hu Yaobang.est entrain de glisser un mot à l’oreille du maréchal Ye Jianying. Et au second plan, un peu dans le flou mais bien là quand même, il y a l’idole des jeunes de la place Tiananmen. Zhao Ziyang, l’homme qui a dit non au char en 1989, écarté du pouvoir par les conservateurs et mort en 2005 après 15 ans passés en résidence surveillée.

Touristes devant le Musée militaire non loin du centre de presse du 18ème Congrès

 
Comment un tel cliché a t-il pu se retrouver au milieu de cette galerie de portraits ? Est-ce que quelqu’un au service photo de Chine Nouvelle a perdu son job ce week-end ? Est-ce que c’était une manière d’indiquer la tendance réformiste du prochain comité permanent du bureau politique du Parti communiste chinois alors que les libéraux qui relisent Tocqueville s’affolent de la chute d’une maison communiste comparer par certains à celle des Bourbons avant la révolution ?

 
Est-ce que ce n’est pas tout le contraire ? Ce retrait marquerait dans ce cas un retour en force des conservateurs ? Comme au mah-jong, la tuile jetée peut être récupérée deux tours plus loin pour former une nouvelle main. Et si les libéraux, après avoir obtenu la chute du héros de la gauche chinoise Bo Xilai, avaient décidé de ménager le clan adverse à quelque jours d’un congrès décisif pour le renouvellement de la hiérarchie du Parti ?

Derrière les travaux, le Musée militaire non loin du media center 

 
Le poids des photos, le choc des factions en Chine souligne le correspondant du Figaro. Dans un système où les passations de pouvoir ont lieu dans une opacité digne d’un conclave romain, la moindre photo envolée nourrie les conversations du tout Pékin. La seule chose dont on est sûr dans cette affaire, c'est que le cliché a disparu deux jours après son installation (cf. nos confères du Yomiuri mardi) et a été remplacé par l'image ci-dessous.
 
 
Pour avoir la réponse à toutes ces questions, il faudra donc attendre la bulle papale et la publication de la liste du comité permanent du 18ème Congrès, probablement pas avant le 15 novembre prochain. On saura à ce moment là, qui des conservateurs et des réformateurs mènera la danse pendant la prochaine décennie.    
 
       
 
Actualisation du billet :
 
5 novembre 2012 : L'actuel chef de l'Etat Hu Jintao et son plus que probable successur Xi Jinping pousseraient à adopter un processus plus démocratique pour choisir sa nouvelle direction indique l'agence Reuters.

 

1 Comments

pourvu que ça soit les réformateurs...on raconte que le PC chinois serait favorable à l'organisation d'élections générales d'ici 2020, est-ce vrai? malgré la puissance evidente dont fait montre la Chine, la domination américaine reste encore présente, surtout qu'elle est aussi de nature culturelle, justement un domaine où les chinois peinent à assoire leur hégémonie...