Bo Xilai, un « DSK chinois »

 

Ce n’est pas une sexe tape mais une dépêche de l'agence Chine Nouvelle. Et cela fait largement autant de bruit ! Parmi les motifs ayant conduit à l’exclusion de Bo Xilai des instances dirigeantes du Parti communiste chinois, l'agence officielle chinoise évoque des « relations inappropriées avec de nombreuses femmes ». Certains ici vont même jusqu'à comparer le scandale BXL à l’affaire DSK en France 


 
 
Décidemment l’histoire contemporaine chinoise a tout d'un film d’Hollywood ou d'une pièce de Feydeau. Le principal metteur en scène étant le Parti communiste lui même, passé maître en matière de suspens et de rebondissements. Un tel scénario était en effet difficile à imaginer, même pour un correspondant de presse basé à Pékin. En moins d’un an, nous avons eu droit à la tentative de défection du chef de la police d’une mégalopole de 33 millions d’habitants, à la condamnation pour meurtre de l'épouse d'un haut dirigeant du parti, puis à la disgrâce de ce dernier suivie six mois plus tard par son exclusion des instances dirigeantes du PCC
 
Sexe Gate
 

 Bo Xilai est exclu du parti annonce CCTV le 28.09.2012

 
Et l'affaire est devenue BXXL à la fois par son ampleur et pour les allusions aux moeurs du dirigeant incriminé. Les commentateurs savaient déjà pour la corruption et l’abus de pouvoir, ils ont donc surtout retenu la 26ème ligne de la dépêche Xinhua publiée vendredi soir et lue intégralement par le commentateurs de la télévision centrale de Chine :
 “Bo a eu ou maintenu des relations sexuelles inappropriées avec un grand nombre de femmes ».
Difficile de saisir la nuance entre « avoir » et « maintenir » dans ce genre de rapports, mais si l’agence officielle a décidé d’insister sur l’appétit sexuel jugé débordant du dirigeant déchu ce n’est certainement pas pour rien. Comme d'autres avant lui, le Prince rouge devra comparaître devant la justice non seulement pour des faits de corruption, mais aussi pour son mode de vie jugé décadent.
 
L'ex Secrétaire du comité du parti communiste de Chongqing a fait perdre la face au Parti, tout va donc désormais lui être repproché jusqu'à ses supposées affaires de lit. « D’habitude, quand on veut se débarrasser de quelqu’un, il y a deux solutions : l’une c’est la corruption, l’autre c’est l’affaire de droit commun » confiait ainsi récemment à RFI le sinologue Jean-Philippe Béja. 
 
Une façon aussi peut-être de banaliser les choses. « Après tout, cette histoire Bo Xilai c’est un peu votre affaire DSK ! » nous expliquait un fonctionnaire chinois au printemps dernier, jusqte après que Bo ait été suspendu de ses fonctions au sein du parti. Une allusion évidente aux déboires de Dominique Strauss-Kahn, l’ancien ministre Français de l’économie et ancien directeur général du Fonds monétaire international. Une manière là encore de relativiser l'affaire en soulignant qu'elle peut se produire ailleurs. 
 
Mais en réalité, tout le monde sait bien ici que le scandale BXL dépasse le simple scandale de corruption. La chute du Prince rouge a provoqué un véritable séisme politique qui a laissé des cicatrices au sommet et de nombreuses victimes sous les décombres. Bo Xilai avait de nombreux soutiens -à Dalian par exemple certains cadres s'inquiètent aujourd'hui pour leur avenir-. Il aura ainsi fallu plus de six mois aux hiérarques du régimes pour se mettre d'accord sur son sort. Une fois cette épine dans le pied retirée, le parti peut enfin tourner la page et se rassembler pour la préparation du 18ème congrès et l'émergence d'une nouvelle génération de dirigeants chinois.
 
Mille et Une femmes
 
Zhang Weijie, présentatrice de télévision à Dalian
 
 
Mais en attendant le congrès, les langues se délient sur internet. La dépêche Xinhua a suscité une pluie de commentaire dès sa publication. Le journaliste chinois Jiang Weiping est aujourd’hui exilé au Canada après avoir passé cinq ans en prison pour avoir dénoncé les dérives du système Bo Xilai dans les années 90. L’ancien reporter du journal hongkongais Wen Wei Po était basé à Dalian lorsque Bo était encore maire de la ville. Il n'est donc pas du tout surpris par ces nouvelles accusations. Bo Xilai a eu « plus de 100, peut-être même 1000 maîtresses » confie t-il à une consœur américaine.
 
Mille et une femmes !? Comme souvent dans ce genre de révélations, la fable alimente les discussions du « thé du commerce ». Les conquêtes attribuées à l’ancien patron de la ville rouge font fantasmer les réseaux sociaux autant qu’il nourrissent ce blog et les colonnes de nos confrères. « En 2009, après avoir déménagé à Toronto, Jiang Weiping a écrit un article affirmant que les maîtresses de Bo allaient d’une dactylo à une acrobate, en passant par des présentatrices de télévision rapporte ce samedi le South China Morning Post. La rumeur lui prête aussi une relation avec la speakrine Zhang Weijie (image ci-dessus).
 
Lorsqu’il était à Dalian, Bo aurait eu ainsi à disposition deux chambres d’hôtels dans lesquelles ils recevaient les prétendantes. En échange de leurs faveurs, ces dernières obtenaient emplois et gratifications affirme Jiang cité par le quotidien de hongkong. La dactylo aurait ainsi été promue à la tête d’une institution locale et « un modèle qui a eu une longue relation avec Bo a été autorisée à ouvrir une école de mannequin » qui aurait bénéficié d'aides publiques.
 
Démenti de Zhang Ziyi
 
L'actrice Zhang Ziyi
 
 
Vrais ou inventés, ces récits accompagnent la chute d'un homme promis autrefois à un brillant avenir. Situé dans le camps des conservateurs, promoteurs des chants rouges et de la nostalgie révolutionnaire dans sa ville de Chongqing, Bo Xilai était aussi paradoxalement l'un des responsables chinois parmi les plus appréciés des visiteurs étrangers. C'était aussi le prince charmeur de la politique chinoise. « Beau oui comme Bowie » chantait Isabelle Adjani dans les années 80. Le refrain version chinoise donnerait aujourd’hui : « Beau si comme Bo Xi ». Un dirigeant avec une gueule d'acteur. « Flamboyant », « charismatique », « énigmatique » ou le trio de tête des adjectifs les plus employés par la presse pour décrire un personnage qui a effectivement de quoi séduire.
 
Le web chinois affirmait ainsi récemment que Bo avait été jusqu'à faire chavirer le coeur de la belle Zhang Ziyi. L’actrice de « Tigre et dragon » et de « Mémoire d’une Geisha » faisait l’objet d’un joli diaporama de Xinhua encore hier vendredi. Elle est soupçonnée par le tabloïd anglais The Daily Mail d’avoir couché « au moins dix fois » avec Bo entre 2007 et 2012 en échange de « huge » sommes d’argent. Zhang Ziyi a depuis démenti tout en menaçant de porter plainte contre le journal britannique, le quotidien hongkongais Apple Daily et le site américain dissident Boxun qui ont contribué à propager la rumeur.  
 
Blouses et concubines 
 
 
Bo Xilai n’est en tous cas pas le premier dirigeant chinois à défrayer ainsi la chronique pour des questions liées à sa vie privée. En avril 2010, lors d'une grande réunion du Parti communiste, le chef de l’Etat Hu Jintao a appelé les cadres à...
 
« être vigilant en permanence contre la tentation du pouvoir, de l'argent et de la beauté ».
 
Un officiel de la ville d’Anqing dans l'est du pays, venait alors de tomber pour corruption. « Il passait huit heures par jour à la recherche de pots-de-vin et huit autres heures comme un voyou à la recherche de sexe » ont déclaré les procureurs. L’homme âgé de 47 ans avait pour projet de coucher avec 800 femmes rapporte la presse locale. Il filmait ses ébats et consignait soigneusement dans son journal intime le nom de ses conquêtes.
 
En juillet 2011, Xu Maiyong a été exécuté après avoir été reconnu coupable de corruption et de détournements de fonds. L’ancien maire de la ville de Hangzhou dans la province du Zhejiang a également été accusé d’avoir entretenu une dizaine de maîtresses. Ce chiffre va passer à 18 pour l’ancien ministre des chemins de fer. Liu Zhijun, 59 ans, a lui aussi été limogé en mars 2011 après avoir été reconnu coupable de corruption mais aussi d'avoir « flirté avec plusieurs femmes ». Décrit comme un « chauve à lunettes » par le Global Times, l’homme avait moins le profil d’un séducteur. Cela ne l’a pas empêché de fréquenter « 18 maîtresses dont des actrices, des infirmières et des hôtesses de train. » « Il avait apparemment un faible pour les femmes en uniformes » poursuit le journal anglophone dans un article daté de juillet 2011 souvent cité lorsqu’une affaire de mœurs touche un dirigeant chinois.
 
Blouses et concubines, avec ou sans uniformes « les femmes portent la moitié du ciel sur leurs épaules » disait le président Mao considéré comme l’un des libérateurs de la femme chinoise. Je vous invite vivement à lire à ce sujet le toujours excellent Foreign Policy d’Isaac Stone Fish. Un billet intitulé « Little Bo Peepshow » où l’on apprend notamment que les jeunes maîtresses de Mao se félicitaient des chlamydias «honorifiques » transmises par le grand Timonier : « Selon son médecin personnel et l'auteur de la biographie La vie privée du président Mao rappel Isaac Stone Fish, Mao  a couché avec des centaines, sinon des milliers de femmes. « Les jeunes femmes étaient fiers d'être infectées », parce que la maladie était un « signe d'honneur et le témoignage de leurs relations étroites avec le président » écrit le docteur Li qui a traité les femmes ayant contracté la Trichomonase STD de Mao » .
 
 
 
 
 
 
Actualisation du billet:
 
1er octobre 2012 Son of China's Bo Xilai défends his father Asahi Shimbun 01.10.2012  "Mon père est une bonne personne" a expliqué Bo Guagua depuis Boston aux Etats-Unis où il poursuit ses études. Le fils de Bo Xilai a défendu son père affirmant que les accusations de corruption mais également sur "les nombreues femmes" qu'il aurait fréquenté comme le mentionne l'agence Xinhua, ne sont que des rumeurs 
 
2 octobre 2012 In China, mistresses and corruption go hand in hand Bloomberg 02.10.2012 Les accusations concernant la vie privée peuvent se retourner contre le parti estime Bloomberg. L’agence américaine rapporte notamment cette blague qui circule sur les réseaux sociaux et dont l’une des meilleures versions est proposée sous forme de devinette par Yan Lailai, journaliste à China’s Life magasine :
 
 

27 novembre 2012 Sex tape used to bribe disgraced Chineses politician Lei Zhengfu goes viral

18 décembre 2013 China's Zhang Ziyi settles libel suit about prostitute claim. 

 

2 Comments

Ce billet "tabloid" aurait dû rapidement être le plus lu du blog dans ce cas, malheureusement (ou heureusement si j'en crois votre point de vue) c'est loin d'être le cas. Ce qui est frappant je trouve ici c'est à quel point l'agence Chine Nouvelle et la justice chinoise ressemblent à la justice américaine en se mêlant ainsi de la vie intime des politiques. Merci en tous cas de votre commentaire.

Faut-il rigoler ou se plaindre que RFI devient un tabloïd, une feuille électronique type "People" de bas étage! Quel manque de gout ?