Mo Yan, un prix Nobel dans la paix

 

Le prix Nobel de Littérature 2012 a été décerné jeudi 11 octobre à l'écrivain chinois Mo Yan pour son "réalisme hallucinatoire", a annoncé l'Académie suédoise. A 57 ans, l'auteur du "Pays de l'alcool", du "Clan de Sorgo" et de "Beaux seins, belles fesses" est le premier écrivain de nationalité chinoise a recevoir la prestigieuse récompense
 
Toute la journée les réseaux sociaux ont trépigné d’impatience. Dès ce matin CCTV sur son weibo officiel, annonçait être l’un des trois médias invités à Stockholm cette année.
 

Mo Yan, prix Nobel de littérature RFI 13h 12 octobre 2012 by Stéphane Lagarde

Sun Yaoyang, écrivain de la province du Heilongjiang (nord-est) à lui aussi pas pu s’empêcher de vendre la mèche sur son compte weibo : « Un ami de Mo Yan m’a dit ce matin : Mo prend l’avion pour Stockholm… Félicitations en avance ! »
 

Reportage Mo Yan, un prix nobel de littérature très attendu 10.10.2012 by Stéphane Lagarde

 
A Pékin, Sylvie Gentil (co-traductrice du « Clan du Sorgo » et traductrice de « 13 Pas ») saute de joie

Mo Yan, prix Nobel de Littérature 2012. Sylvie Gentil, traductrice 11.10.2012 by Stéphane Lagarde

 

Contrairement aux prix Nobel de la paix il y a deux ans, cette fois l'annonce du comité de Stokholm a cette fois été largement couverte par les médias chinois.

 
 

 

De son vrai nom Guan Moye, le romancier de 57 ans né dans la province du Shandong en Chine orientale est issu d'une famille paysanne. Comme beaucoup de jeunes instruits à l'époque, il est clase parmi les "mauvais élément" pendant la Révolution culturelle et renvoyé de l'école. Il intègre l'armée populaire de libération à 20 ans et poursuivra ses études dans une école de l'armée puis à l'Université de Pékin dont il est diplomé en 1991.

 

Mo Yan, « celui qui ne parle pas »

 

L'écrivain émerge dans les années 80, les années de libération de la littérature chinoise. Ce qui ne l'empêche pas de prendre un nom de plume dès son premier roman en 1981 -Radis de Cristal-. Guan Moye devient alors Mo Yan 莫言, un pseudonyme qui en chinois signifie « celui qui ne parle pas ».

Et c'est vrai qu'il est discret Mo Yan. "Je suis submergé de joie et terrifié" a t-il confié au comité Nobel lorsqu'il a appris la nouvelle. Impossible de le joindre par email depuis trois jours. Mo Yan se cachait en attendant la nouvelle dans son village natale du Shandong qui sert aussi de décor à ses premiers romans, dont  le Clan du Sorgho porté à l'écran en 1986 par Zhang Yimou sous le titre Le Sorgho Rouge et qui lui apportera la notoriété. 

Depuis Mo Yan est aussi connu en Chine qui à l'étranger. Chaqun de ses livres figure dans le top 10 des meilleures ventes du Beijing News, les Nouvelles de Pékin. Il parle du petit peuple, de la province, avec un humour cruel et sans détour, parfois avec des mots très crus. De la littérature gourmande, des livres que les Chinois dévorent. C’est quelqu’un qui fascine notamment la jeune génération notamment avec une langue truculente qui fait penser à du Rabelais.

Connu à l'étranger Mo Yan est aussi devenu le porte-parole de ce  soft power chinois que les autorités ont tant de mal à faire émerger. Il écrit sur le passé et n'a donc jamais été censuré Mo Yan ce qui lui vaudra des critiques de l'écrivain Ma Jian lui repprochant son manque de solidarité avec les intellectuels victime du régime.   

 
 
De la littérature gourmande, une écriture truculente et rabelaisienne

"On lit Mo Yan et on rit", Sylvie GENTIL 11.10.2012 by Stéphane Lagarde

 

Un prix qui en rappelle un autre...

Avec des applaudissements sur internet. Er Yue He, écrivain : « Mo Yan a mené une vie difficile et sa réussite dans la littérature est incontestable. C'est donc naturel qu'il recoive ce prix, les Chinois sont fiers de lui »
 
Mais aussi des critiques. Les internautes n'ont ainsi pas manqué de faire allusion à Liu Xiaobo, prix Nobel de la paix toujours détenu dans une prison du Lioning dans le nord du pays. "Enfin un Prix nobel dont la propagande peut parler" ironise ainsi Wowow Shiguang.  « Cette fois le Prix nobel n'a pas eu besoin d'entrer en prison » ajoute un certain Ya Hong