Le doigt du déshonneur

 

Dans le flot d’images de Shifang qui a inondé les réseaux sociaux ce mardi, une peut-être symbolise le mieux cette distance entre l’autorité et la rue en Chine. Un doigts d’honneur d’un policier aux manifestants de cette ville du sud-ouest chinois...

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

On ne va pas vous refaire toute l’histoire, on en a beaucoup parlé aujourd’hui à la radio. La bonne nouvelle, c’est que ce soir les habitants de Shifang on eu gain de cause. Les autorités locales ont annoncé en fin d'après midi l’abandon « définitif » du projet d’usine métallurgique. Hier il ne s’agissait encore que d’une "suspension", cette fois c'est donc officiel : L’annonce du gouvernement de Shifang a été reprise par le Quotidien du Peuple et donc validée par le gouvernement central. Le groupe Hong Da peut remballer son chantier et ses projets de pollution par la même occasion.

Molybdène contre eau minérale

Ce qui n'a pas empêché les manifestations de se poursuivre toute la journée dans cette petite ville de la province du Sichuan -sud-ouest-. Les habitants craignent en effet que l’implantation de l’usine dont les travaux ont commencé le 29 juin ne vienne polluer une nature qui a déjà eu du mal à se remettre du séisme de 2008. Shifang était jusqu’à présent connue pour sa bières et son eau minérale. Pas question de de voir les sols envahis par les rejets de cuivre et de molybdène !

En même temps, la mauvaise nouvelle c’est que les manifestants se sont fait sévèrement taper dessus si l’on en croit les images diffusées sur le réseau weibo. L’une des contestataire nous a envoyé son témoignage anonyme par internet.

Shifang 3 juillet 2012 by Stéphane Lagarde

 
Parmi les manifestants, de nombreux jeunes. Beaucoup racontent ce qu'ils ont traversé sur leur microblog. "Piao 6 Ping" est visiblement encore sous le choc : « J’ai vu une brigade de la police armée donner un coup de pied sur une fille. Ensuite d’autres sont venus pour lui administrer des coups de bâtons. On a voulu la sauver, mais les policiers ont tenté de nous en empêcher avec leurs matraques. On n’est pas armé. Mon cœur pleure et ma main tremble »
 
Geste de l'impunité
Combien de blessés à l’hôpital de Shifang ? Impossible de répondre à cette question ce soir. Officiellement les affrontements ont fait 13 blessés affirment les autorités. On se souvient des manifestations de Dalian contre une usine chimique l’été dernier. Les manifestants avaient là aussi fait reculer les pelleteuses, mais aux prix d’une sévère répression. 
 
Il reste alors cette image (ci-dessous) repostée par un consoeur journaliste sur son compte tweeter. Une photo qui dit le dédain des autorités locales et en l’occurrence de la police pour le peuple en marche. Ce doigt tendu vers le ciel , geste de l'impunité pour le moins hostile, a suscité la furie des internautes. L'image a tourné en boucle toute la journée sous des commentaires assassins. 
 


 
Actualisation du billet :  

Et comme les internautes Chinois ne lâchent jamais l'affaire. Ce mercredi 4 juillet, ils ont retrouvé le nom du "gros policier à la matraque" et celui du jeune policier "avec le doigt levé". Evidemment, ils se sont empressés de poster leur découverte sur les réseaux sociaux. Le gros s'appellerait Liu Bo et le jeune Zhang Bin.

 

"Chiens noirs" du pouvoir

Après les évènements de Shifang, les internautes chinois ont qualifié les agents de la police armée de « chiens noirs » du pouvoir. A lire sur le China Digital Times 

 

Han Han
A lire également le bloggeur farceur Han Han qui évoque sur son compte microblog la violente répression des manifestants non armés de Shifang : " Mass incident shouldn’t be dealt in this way (..) The best emigrate, the worst are shot. None of you actually live in the pollution."

Le gouvernement local a suspendu le projet tout en cherchant à punir les instigateurs de la manifestation. Photos et vidéos de blessés ont continué à circuler sur le réseau social weibo sans être immédiatement nettoyées par les censeurs. C'est peut-être grâce à Han Han lui-même dit encore le CDT
 
Grenades paralysantes

Le site officiel 163.com précise que la police armée a fait usage de gaz lacrymogène et de grenades à saturation sensorielle.

Le Global Times est très remonté contre les autorités de Shifang. « Il faut absolument que la violence soit évitée dans la mise en application des projets et éviter ainsi un frottement entre le public et le gouvernement. Sinon, la friction pourrait dégénérer en confrontation sérieuse et donc nuire à l'image du gouvernement. »

 

Chez les confrères :

Anti-pollution protesters halt construction of copper plant in China Guardian 03/07/2012

A Shifang, l'écologie chinoise marque des points Libération 03/07/2012 

Les autorités de Shifang plient devant la "révolte verte" Figaro du 04.07.2012

Les manifestants de Shifang maintiennent la pression Le Monde, AFP, Reuteurs.