Patriot park

Comme la France et peut-être encore d'avantage, la Chine aime les défilés et les uniformes. Fanfares et cotillons étaient donc de sortie ce matin pour l’inauguration du premier parc des « supers héros » de l’Armée Populaire de Libération. Après l’art de la guerre, la foire…

Photo SL
  
 

  

Le parc olympique de Pékin aura finalement trouvé de quoi meubler un peu l'espace laissé vacant depuis la fin des compétitions. Voilà en effet quatre ans que les structures des JO au nord de la capitale chinoise attendaient un projet viable.

"Le parc des héros"

Apres une chaine de café sud-coréenne, un centre commercial, de l'évènementiel et des séminaires à la piscine olympique, ce sont des grandes tentes blanches et des manèges qui s'installent sur 20 000 m2 au nord-est du stade du nid d’oiseaux. « C’est le premier parc des héros de l’armée en Chine » confie Zheng Changjiang. « Il s’agit ici à la fois de s’amuser, mais aussi d’apprendre la science militaire et d’aider a prendre conscience des enjeux de la défense nationale » poursuit le directeur du lieu.
 
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L’art de la guerre de Sun Tzu est devenu une science

Après les maquettes de bateaux, les chars et les avions, les visiteurs ont droit à un défilé de lanceurs de missiles et aux trois corps d'armées, torse en avant et tête haute, marchant en cadence place Tiananmen. Cela méritait au moins un chapiteau et une exposition destinée à retracer en images les grandes parades militaires du 1er octobre, le jour de la fête nationale. A croire que l’armée chinoise remonte à l’arrivée de Mao, tous les « héros » ici sont nés après 1949 et la fondation de la République Populaire de Chine.
 
 SL

L’amour de la Patrie se confond ici avec l'amour du Parti

Le parc des « super héros » ne devrait donc pas avoir de difficultés à attirer un public nationaliste pléthorique et très friand de la chose militaire comme en témoignent ces nombreux magasines en treillis alignés sur les tables des vendeurs de journaux à Pékin. « Je suis militairement enthousiaste depuis mon enfance » expliquait ainsi un employé de banque qui est loin d'être un cas isolé selon le China Daily.
 
« C’est important d’enseigner les valeurs patriotiques aux enfants » ajoute sans qu’on lui demande une enseignante venue assister à l’inauguration. C’est d’ailleurs aussi un classique dans ce genre d’évènement. Ce matin, une école de travailleurs migrants était invitée à l’ouverture. Foulards rouges des pionniers du Parti autour du cou, les élèves ne se sont pas fait prier pour manifester leur enthousiasme.
 
 Photo S Lagarde

« Oh le joli n'avion ! T’as vu le char là-bas ? »

Les garçons ne savent plus où donner de la tête, tandis que les filles « préfèreraient des manèges ». Et justement, tente suivante, les attractions arrivent ! C’est là qu’on prend un coup de vieux, en constatant que les manèges ont cessé de tourner depuis un moment. Sièges de cinéma, manettes et grands écrans, notre colonie de pionniers aux foulards rouges disparait dans un simulateur d’avion de chasse, puis dans le ventre d’un sous-marin.
 
Plus loin, il s’agit de tirer sur des hélicoptères avec un lance-roquette.  « Il n’a pas le recul d’un vrai » -sans dèc ?- nous rassure le guide, mais l'arme tient compte des « paramètres naturels et notamment le vent ». Après avoir descendu un essaim d’hélicoptères, si vous n’êtes toujours pas rassasié il vous reste la mitrailleuse automatique. Même principe et même écran géant. On imagine déjà les cadres stressés venir se défouler de la gâchette avant un karaoké entre amis.  
 
Photo S Lagarde

Jeu de piste sur smartphone

Rien à voir en tous cas avec les cartels roboratifs et les vitrines qui n’en finissent plus des visites scolaires au musée des Invalides. Le parcours est ici stimulé par  un jeu de piste. Là encore les petits cailloux et les papiers cachés dans les arbres ont disparu. C’est désormais armé d’un téléphone intelligent relié à un internet que les visiteurs lisent les codes QR offrant les explications sur les armes présentées. Avant de partir, le directeur dont le papa était militaire nous affirme qu’il réalise ici son rêve de gosse. Il nous en dit moins en revanche sur la mystérieuse Association de Chine pour la Promotion de la Culture et de l’Industrie qui parraine les lieux.
 

 
Actualisation billet 30 juin : Ma copine Julie Biroulès à RFI m'écrit : "Il y a une dizaine d'années (oups!), mon mémoire de maîtrise portait sur la reconversion du complexe militaro-industriel chinois, et entre autres activités (industrie pharmaceutique, boîtes de nuits, textile...), l'APL transformait déjà d'anciens complexes en parcs d'attractions pour Chinois en mal de jeux guerriers..." Les parcs guerriers ne sont donc pas une nouveauté dans l'empire du milieu. Il n'y a d'ailleurs pas que les Chinois qui s'y intéressent. Comme le flash ball à Hong-Kong, certains cadres expatriés y voient un moyen commode de s'y dé-stresser. Comme dirait Lavoisier : Rien ne se perd, tout se transforme et surtout tout se monnaye en Chine ! Et pour 300 yuan l'entrée (un peu moins de 40 euros), les jeunes laowai pourront même danser sur le pont d'un porte-avion ce soir à Tinajin. 
 
 
 

Extrait du Mémoire de Julie Biroulès sur "La reconversion du complexe militaro industriel chinois", Mémoire de Maîtrise INALCO 2000

 
"A Pékin, Tianjin et Qingdao, les militaires ont trouvé un moyen lucratif d'exploiter leur matériel d'armement en créant un musée et des parcs d'attraction.
 
Qingdao, l'une des principales bases navales chinoises, une ancienne caserne a été transformée en Musée de la marine. L'armée y présente diverses armes archaïques et offre la possibilité de visiter un sous-marin lui aussi d'un âge très avancé, mais encore en service. Les femmes et filles de militaires y sont employées en tant qu'hôtesses et vendeuses de boissons. La caserne propose aussi une brochure du Qingdao touristique qui fait étalage des hôtels, sites et lieux de consommation de la ville où le visiteur peut se rendre...et au sein desquels l'armée a ses participations.

Non contents de s'arrêter là, les militaires ont trouvé un nouveau filon à exploiter : les parcs d'attraction. Ces dernières années, ils se sont multipliés comme des fleurs au printemps. Nous avons Eurodisney et Astérix, la Chine a créé des camps militaires pour touristes à la recherche de sensations fortes. Bienvenue au pays merveilleux des militaires!
 
L'un des parcs les plus connus est situé dans les environs de Pékin et attire plus de 40.000 visiteurs par an. C'est en fait un champ de tir appartenant à la Bei Feng Arm Manufacturing, une entreprise d'Etat qui fabrique des armes et des munitions pour le marché intérieur ainsi que pour l'exportation. Ce parc propose à ses visiteurs de s'essayer au tir et de se mettre dans la peau d'un militaire le temps d'une rafale. Dans un article du South China Morning Post, le journaliste cite les dépliants publicitaires en précisant à juste titre que ce sont certainement eux qui en parlent le mieux : "Notre gamme va de la mitraillette type '85', spécialement conçue pour ces dames, à la mitrailleuse, passionnante, extrêmement fascinante, lourde ou légère, dont le tir au coup par coup ou en rafales vous ravira. Nous recommandons tout particulièrement le lance-roquettes antichar de 40mm, capable de détruire d'un seul coup un mur de fortifications en terre." Le parc promet à ses visiteurs "l'ambiance d'un véritable champ de bataille, au milieu de la fumée et de la poudre, et un avant goût de l'extraordinaire puissance des armes modernes."

Ce parc offre en sus un étalage de boutiques proposant toute sortes de souvenirs fabriqués à partir de matériaux d'armement ainsi qu'une exposition présentant diverses armes ayant participé à l'histoire guerrière du XXème siècle.
Une loi datant de 1993 interdit pourtant aux civils l'usage d'armes militaires. Les militaires ont su trouver la parade en invoquant une autre disposition stipulant que toute arme exposée peut être essayée par un acheteur potentiel. Partant du principe que quiconque passant la porte du parc a l'intention d'acheter une arme, le problème a vite été résolu. Le tir est gratuit, mais le client doit acheter les balles dont le prix se situent entre un et sept francs la série, un obus coûte quant à lui 21 dollars et le chargement d'un lance roquette antichar, 66 dollars. Certains touristes dépenseraient plus de 1000 dollars en une seule visite
 
Un autre parc de Tianjin propose pour environ 500F à ses visiteurs de devenir un soldat chinois le temps d'une journée. Il s'agit de passer une journée dans une caserne et de participer à diverses activités comprenant quelques exercices physiques et la reconstitution aussi réaliste que possible de l'atmosphère régnant sur un véritable champ de bataille.
 
Ces parcs attirent des visiteurs venus des quatre coins du monde, cependant la majeurs partie de la clientèle est constituée de chinois, japonais et de taïwanais. Cette activité est très lucrative mais risque cependant d'attirer les foudres des autorités militaires qui ne la considèrent pas d'un très bon œil."
 
Julie Biroulès, Inalco 2000