Au pays des tours Ikea

 

Il n’y a pas que la taille qui compte. La vitesse a aussi son importance dans ce nouveau défi de la hauteur lancé par le groupe Yuanda, connu entre autre pour la tour CarpeDiem à la Défense près de Paris. Le géant chinois de la façade s’apprête à construire la plus haute et surtout la plus rapide tour du monde dans la province du Hunan. Cette nouvelle ville verticale devrait pouvoir accueillir plus de 30 000 personnes

 
 
 
 
 
 
 
 
 

 

"Voici votre chambre, c’est au… 220ème étage à droite au fond du couloir ! Et surtout n’ouvrez pas la fenêtre, il fait moins quinze sur le balcon !" Dans un pays où les forêts de bétons poussent aussi vite que le soja après la mousson, les ascensoristes ne manquent pas de boulot.

A la « cité des étoiles », on imagine qu’il y aura plusieurs moyens d’accéder aux différents paliers et à l'hôtel avec vue sur les nuages juché tout en haut de la future plus haute tour du monde. Le projet ratifié vendredi par les autorités du district de Wangcheng, dans la banlieue nord-ouest de Changsha affiche en effet une hauteur de 838 mètres, soit 10 de plus que la plus haute tour du monde aujourd’hui plantée dans les sables de Dubaï. 

 

Folie des grandeurs
Les mégalopoles qui en ont les moyens se sont toutes lancées dans la course aux étoiles et rivalisent pour crever les nuages. Sur le papier, les chiffres du projet chinois donnent le vertige. La tour de la capitale de la province du Hunan doit permettre d'offrir un million de m2 de surface disponible et devenir ainsi une véritable ville dans la ville . Hôpital, bureaux, appartements, centre commercial et hôtel, au total, 30 400 résidents pourront vivre, travailler et dormir dans la « cité du ciel » assure le constructeur Kejian, filiale du groupe Yuanda.
 
 
 
 
Si le gouvernement central valide le projet, cette nouvelle Babel de la province méridionale aura donc 10 petits mètres de plus que la tour « Burj Khalifa » à Dubai et aujourd’hui détentrice du record « pousse toi de là, c’est moi la plus grande ! » Mais l’exploit, encore une fois, n’est pas que dans la hauteur. Car ici, la folie des grandeurs se double d’une folie de la vitesse : Yuanda annonce qu’il va livrer son affaire en moins de… 7 mois !! A titre de comparaison, il a fallu 6 ans de travaux pour que Burg Khalifa puisse dominer de ses 828 mètres la côte de Jumeirah.
 
 
 
On est donc loin du "slow build" de l'architecte chinois  Wang Shu. Dans le cas présent, c'est la prouesse technique et la peur d'être dépassé qui domine. Il s'agit non seulement d'aller gratter le ventre du ciel, il faut aussi veiller à ce que le nouveau record ne soit pas pulvérisé par les gars d'un autre chantier. Alwaleed bin Talal n’a pas résisté longtemps à ce défi de la hauteur : "Nous n'allons pas laisser les Emirats Arabes Unis nous regarder de haut", voilà probablement la réflexion du Prince Saoudien lorsqu'il a commandé la « Kingdom Tower » de Djeddah qui devrait atteindre les 1 000 mètres d’altitude.
 
 
Les pieds sur terre et la tête dans les nuages. Ce n’est pas la hauteur mais la vitesse que critiquent les internautes chinois qui s’interrogent sur la sécurité du futur édifice. Yuanda est en effet devenu le leader de la construction furtive et se targue de pouvoir construire des immeubles en moins de trois jours.
 
 
 
 

  Immeubles en kit
La technique est révolutionnaire. Elle permet de construire des immeubles en kit comme on empile des tuiles au Mahjong, un peu aussi comme le bricoleur du dimanche monte un meuble Ikea ou comme dans un concours de Légos. Un ballet de grues et de pelleteuses à l’œuvre jour et nuit, une structure en acier et  quelques boulons... et la tour est jouée !
 
 
 
Cette technique de « l’immeuble prêt à assembler » n'est pas propre à la Chine, même si le coulage de béton vitesse grand V est devenu ici une spécialité. La même méthode a été employée à l'horizontale pour faire pousser des milliers de kilomètres de ponts aériens pour les TGV dans les campagnes chinoises. Dans le bâtiment, la technique "Légo" a aussi été utilisée pour bâtir les 15 étages de l'hôtel Xinfangzhou à Changsha (vidéo ci-dessus), dont la décoration intérieure est encore en cours selon le groupe joint au téléphone. Celui de Yueyang rebaptisé le « T30 » est en revanche déjà ouvert. Selon ses promoteurs, l’édifice peut résister à un séisme force 9 (cf. vidéo ci-dessous). Cela n'a pas suffit à rassurer certains des habitants alentour qui, sur internet, disent ne pas oser s’approcher de la structure de peur que le ciel ne leur tombe sur la tête.  
 

 
 
Les urbanistes Chinois sont capables du meilleur comme du pire ; à titre de comparaison et pour rester dans la région, ce qui se fait en Chine est certes moins au point qu'au Japon, mais moins pire que ce que l'on peut voir dans certaines villes sud-coréennes par exemple.  Les farceurs du net chinois sont en tous cas les premiers à en rire et n'hésitent pas à peupler les paysages numériques d’horreurs architecturales. Les fake ont beaucoup de succès sur les réseaux sociaux, tel ce photomontage (image ci-dessous). Ni voyez pas une arme braquée sur la ville de Ningbo (côte-est), mais plutôt le délire de l'architecte. Comme dirait René : "Ceci n’est pas un pistolet géant."